dimanche 17 juin 2012

Tesis, un film de Alejandro Amenabar   (interdit aux moins de 16 ans)


Angela  (Ana Torrent) rédige une thèse sur la violence à la télévision. Elle demande à son directeur de thèse de l'aider à trouver des images dont la violence empêche la diffusion à la télévision. Celui-ci trouve dans la réserve de la médiathèque universitaire une vidéo qu'il visionne d'abord seul en salle de projection. C'est dans cette salle qu' Angela le retrouve mort assis devant l'écran où il venait de regarder le contenu de cette mystérieuse cassette.
La vue d'images violentes peut-elle tuer?
C'est la question qu'Angela pose à Chema (Fele Martinez), étudiant féru de films d'horreur. C'est aussi l'un des problèmes soulevés par le film. Angela se dit inquiète par la banalisation de la violence à la télévision et s'interroge sur les conséquences de cette surexposition sur les téléspectateurs. Angela déclare ne pas prendre plaisir devant un spectacle violent, pourtant le spectateur la devine très vite fascinée par la mort, qui l'attire tout en lui faisant horreur. L'étudiante est incapable d'avouer cet attrait pour la violence. C'est cette même attirance inavouable que ressent Angela pour le séduisant et subversif Bosco (Eduardo Noriega). A l'opposé de l'hypocrisie d'Angela, se trouve Chema, qui affiche sans ambages son goût pour les images sanglantes et classées X. A travers la question des snuff movies, ces vidéos mettant en scène des actes de torture non simulés, Tesis interroge le spectateur sur sa posture face aux images violentes et s'inscrit dans la lignée de Benny's video ou de Funny Games de Michael Haneke. Nous suivons donc Angela dans son enquête au cœur des snuff movies, dans ce thriller riche en rebondissements et en frissons, à l'époque des VHS. Les questions que posent Tesis mériteraient d'être reconsidérées à l"heure de la diffusion exponentielle et sans contrôle des images par Internet, média absent de ce film du milieu des années 90. Les inquiétudes d'Angela se révèlent a posteriori de tristes prédictions....

lundi 20 février 2012

Eté, un roman d'Edith Wharton

Charity Royall est une jeune fille étouffant dans le village de North Dormer où derrière la bonhommie de façade sévissent les commérages. Les jeunes filles ayant fauté sont mises au ban par les petits bourgeois étriqués.
Charity est la fille d'une communauté de white trash, vivant reclus et isolés sur une montagne qui surplombe North Dormer. Les habitants de la montagne ne reçoivent que les rares visites du révérend pour des services funéraires, même la police n'ose pas s'aventurer dans la montagne.

Confiée par sa mère à l'avocat Royall alors qu'elle était une très jeune enfant et que son père était en prison, Charity devint la pupille de Royall, un vieux notable, qui tire son prestige de son passé de citoyen de Nettleton - la petite ville qui fascine les villageois de North Dormer - et de sa culture toute relative.
Charity ne rêve que d'une chose, quitter North Dormer, économiser assez d'argent pour aller s'installer en ville et échapper aux avances de son tuteur. C'est dans ce but qu'elle devient la bibliothécaire déserte et poussiéreuse du village, dirigée par Miss Hatchard, une vieille fille de la haute bourgeoisie locale. Et lorsque le jeune et séduisant Lucius Harney, jeune cousin de miss Hatchard, , franchit le seuil de la bibliothèque, le cœur de Charity chavire.
Charity devient le guide de Harney, architecte érudit venu étudier les anciennes demeures de la région.
Et malgré la différence des origines et le fossé culturel qui sépare le brillant architecte et la jeune fille inculte, une forte complicité naît entre les deux jeunes gens...
Le récit d'Edith Wharton est une étude précise des mœurs de province (commérage, étroitesse d'esprit, fascination pour la ville), mais aussi l'analyse minutieuse du sentiment amoureux chez une héroïne singulière.
De façon originale, Wharton adopte le point de vue d'une jeune fille éprise de liberté, belle certes mais sans éducation et aux origines honteuses ....


 

mardi 14 février 2012

Detachment, un film de Tony Kaye

Henry Barthes (Adrien Brody), professeur de littérature, remplaçant prend ses fonctions dans un lycée sinistré. Le spectateur découvre les lieux en même temps que le jeune remplaçant.
Plus qu'une institution en crise, c'est un système éducatif en faillite, un chaos abandonné de tous, qui est décrit. Enseignants au bord de la crise de nerfs, parents absents, élèves ultra-violents... Detach(-)ment, c'est l'indifférence en anglais...
Un air de piano, mélancolique accompagne le film qui mêle plusieurs niveaux de narration, commentaires rétrospectifs de Barthes face caméra, souvenirs de celui-ci enfant, période de remplacement, séquences en images d'animation représentant les états d'âme des personnages.
L'école est devenue un champ de ruines, hanté par des professeurs et des élèves désespérés à l'image de la sinistre maison Usher d'Edgar Allan Poe, que Barthes lit à ses élèves. 
Le film est rythmé par des scènes de "pétages de plombs" où toute la colère contenue explose violemment dont une séquence d'anthologie qui oppose la conseillère pédagogique (Lucy Liu à contre emploi) à une élève.
Certains travellings avant dans les couloirs déserts bordés de casiers  rouge vif ne sont pas sans rappeler l'Elephant de Gus van Sant. Ce procédé peut également faire penser à Shining, Detachment partage avec le premier film la peinture sociale de lycéens américains en crise et avec le deuxième une tension psychologique non plus dans l'enceinte d'un hôtel mais entre les murs (sans mauvais jeu de mots) d'un lycée.
A voir absolument....