Il est difficile de résumer ce film... Celui-ci aborde et entremêle deux thèmes : le couple et l'art. L'action se déroule en Toscane, en Italie, dans le pays de l'art (Florence) et de l'amour (Vérone, Venise..).
Le film s'ouvre sur une conférence de James Miller (William Shimell), auteur d'un essai intitulé Copie Conforme, double de fiction de Kiarostami, auteur du film éponyme.
L'essai de James porte sur les rapports entre les œuvres d'art et leurs reproductions. Dans l'assistance, le personnage incarné par Juliette Binoche regarde amoureusement l'auteur, et donne à son voisin, le traducteur de Miller, son numéro de téléphone, à transmettre à James. Plus tard, ce dernier se rend chez son admiratrice. Ils improvisent une excursion dans la campagne proche. Ils s'arrêtent dans une auberge. Alors que Miller quitte momentanément la salle pour répondre à un appel sur son téléphone portable, une conversation s'engage entre l'aubergiste et la jeune femme. La patronne pense que James et son admiratrice sont mariés. Cette dernière ne la détrompe pas. La jeune femme raconte à Miller de retour dans le restaurant, la méprise de l'aubergiste. Miller constate alors qu'ils forment un beau couple. Cette remarque constitue un tournant dans le film. Jusqu'ici, les deux personnages, liaient connaissance en discutant sur les thèses que Miller avait développées dans son livre. Selon l'auteur, en matière d'art, la copie vaut plus que l'original dans la mesure où la valeur artistique d'un objet lui est conférée par le regard de celui qui l'apprécie. Cependant, à partir de la remarque de Miller sur le couple qu'il forme avec son admiratrice, le sujet de la conversation change et les personnages par leurs propos donnent au spectateur le sentiment qu'ils se connaissaient bien avant cette journée et qu'ils forment un couple marié depuis quinze ans.Les choses ne sont donc pas données comme des certitudes. Le couple est une instance fragile dont l'existence même est mise en doute.
La comédie du bonheur
Dans la deuxième partie du film, les deux personnages s'adressent l'un à l'autre comme s'ils étaient mariés de longue date. On comprend alors que le couple a joué la comédie mais sans savoir à quel moment. Soit, il feignait une rencontre amoureuse dans la première partie du film, soit c'est dans la seconde partie qu'il joue au couple marié de longue date. En ne tranchant pas, Kiarostami montre que tout couple est fondé sur une mise en scène de soi, une espèce de comédie jouée à deux, ou bien une tragédie. Sur ce point, il est intéressant de constater que le film est construit sur une unité de temps, puisque l'action se déroule sur une journée conformément aux principes de la dramaturgie classique.Les deux protagonistes révèlent leur essence théâtrale, Miller lors de sa conférence et la jeune femme dans son usage du maquillage, des bijoux, dans sa volonté de se faire belle pour l'autre.
Le couple, un idéal, impossible à réaliser ?
Le couple n'est donc qu'une convention théâtrale? La quête d'un idéal impossible à réaliser ? Le film illustre cette rencontre impossible par le passage d'une langue à l'autre. Miller est anglophone. La jeune femme est française. Lors de leurs disputes, chacun aura spontanément recours à sa langue natale, sans que l'on puisse a proprement parler de dialogue de sourd puisque la jeune femme maîtrise parfaitement la langue de Shakespeare.
Celle-ci reproche à Miller de ne pas avoir remarqué le rouge à lèvres et les boucles d'oreilles qu'elle avait mis dans les toilettes du restaurant, comme si elle était transparente, comme s'ils étaient incapables de se regarder l'un l'autre. On ne peut s'empêcher de penser à la phrase d'Antoine de Saint Exupéry, "aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction".Des copies conformes ou le mythe de l'éternel retour
Le film décline sous différentes formes le thème de l'imitation, de la démultiplication. Les hommes ne font que jouer le mythe de l'éternel retour. Les protagonistes croisent de multiples couples aux abords d'un arbre d'or qui porterait bonheur aux jeunes mariés. Miller est mal à l'aise face à eux. Peut-être le renvoient-ils au jeune marié qu'il fut, confiant, avant les désillusions. Ils comprend probablement que ces derniers ne sont que des répliques, qui vont rejouer sa propre histoire. Du côté de la jeune femme, on décèle de la nostalgie, l'envie de retrouver l'enthousiasme des jeunes années. Les personnages principaux sont d'âge mûr, ni au début, ni à la fin mais au cœur de la vie. Après avoir été contraint de poser près de l'arbre d'or avec de jeunes mariés, Miller confie son pessimisme à la femme qui l'accompagne. D'après lui, le jeune couple ne survivra que s'il prend conscience que ses sentiments devront fatalement changer et évoluer, et Miller de poursuivre : "On ne demande pas à un arbre de promettre de garder ses fleurs après le printemps car les fleurs deviennent fruits. Et puis l'arbre perd ses fruits". Cette image porte en elle implicitement l'idée du recommencement cyclique et des âges de la vie. Les jeunes mariés sont les arbres en fleurs, les couples mûrs, les arbres porteurs de fruits etc. Miller et sa compagne ont atteint le cœur de leur existence. Dans leurs pérégrinations, ils croiseront non seulement de jeunes couples mais aussi des répliques plus âgées. La première fois près d'une fontaine, (le vieil homme est joué par Jean-Claude Carrière), la seconde fois, au sortir d'une église. L'image de l'arbre fruitier suggère l'idée des saisons de la vie mais aussi celle de l'éternel retour. Les saisons se succèderont, à l'identique et à l'infini. La compagne de Miller avait d'ailleurs remarqué que son fils était "la copie conforme" de son père. De générations en générations, des couples se font et se défont et jouent la comédie en tentant d'atteindre un idéal à la façon d'un faussaire imitant une œuvre d'art.













