Un ersatz de Cercle des poètes disparus?
Les commentaires débiles sur la jaquette ne s'arrêtaient pas en si bon chemin. Ils promettaient une œuvre dans la lignée du Cercle des poètes disparus. Ayant adoré ce film, j'ai décidé d'acheter ce DVD, m'attendant à trouver une version affadie du film de Peter Weir.
Note pour plus tard : ne jamais se fier aux arguments de vente sur les boitiers de DVD
Le film m'a très agréablement surprise. Il ne s'agissait pas d'une pâle imitation du Cercle. Il adoptait un point de vue original sur l'enseignement et posait des questions que (dans mon humble expérience de spectatrice), je n'avais que rarement vues abordées au cinéma, sur le rôle de l'enseignant, sa place dans la société et ses relations avec ses élèves.
Le personnage principal du film, William Hundert (magistralement interprété par Kevin Kline), est professeur de latin dans un prestigieux lycée américain. Ses élèves représentent la future élite du pays. Hundert adopte une pédagogie des plus classiques, mais il enseigne avec une passion et une érudition telles qu'il force le respect et l'admiration de tous.Cependant, ce professeur aguerri va se heurter à l'arrivée dans sa classe de Sedgwick Bell, un adolescent rebelle et insolent, mais fils d'un sénateur...
De l'utilité de ce que l'on enseigne
Il fallait s'attendre à ce genre de questions lorsque l'on enseigne le latin et la civilisation romaine aux Etats-Unis au milieu des années soixante. Ce qui surprit notre professeur, c'est qu'elle lui fût posée par...un sénateur ! Qui mieux que ce dernier aurait pu comprendre l'influence des Romains sur l'organisation des institutions des américaines ? Il lui aurait suffit d'interroger le titre qu'il portait !
Enseigner, un sacerdoce?
Le professeur Hundert est totalement dévoué à ses élèves, au point d'en négliger sa vie privée. D'âge déjà mûr au début de l'intrigue, il est pourtant célibataire et sans enfants. Il est intéressant de constater qu'au cinéma, les enseignants qui réussissent sur le plan professionnel le font très souvent au détriment de leur vie familiale ou sentimentale (Le Cercle des poètes disparus, Ecrire pour exister...).
Plus tard, le spectateur apprend, qu'Hundert aime ardemment une femme. Ce dernier laisse pourtant lui échapper celle qui restera la femme de sa vie. Femme par ailleurs mariée, ce qui, j'en conviens, n'est pas un détail insignifiant. Hundert est un homme de principes, qui se refuse à briser un couple uni par le mariage. Il s'agit ici nullement d'un signe de tiédeur affective. Au contraire, il restera fidèle à cette femme mariée et pourra tardivement la retrouver, suite.... à son divorce ? à la mort de son époux ? Le film reste muet sur ce point, et conserve des zones de mystères.
Façonner les esprits ou transmettre du savoir?
Au milieu du film, Hundert rend visite au sénateur Sedgwick. Un homme puissant et méprisant. Leur entrevue constitue une scène forte du film et un moment très désagréable pour notre professeur. A la mise en question de l'utilité de ce qu'il enseignait, le professeur répondit que son rôle était de façonner l'esprit de ses élèves. Il s'attira alors les foudres du polititien qui lui rétorqua de manière virulente qu'en aucun cas, il ne lui permettait de façonner l'esprit de son fils, et qu'il devait se contenter de lui transmettre les connaissances correspondant aux programmes scolaires.
Bien que le sénateur soit un personnage fort antipathique, on ne peut s'empêcher de comprendre son inquiétude. Les élèves se réduisent-ils à une matière molle que leurs professeurs modèleraient ? Comment ne pas craindre à travers ces propos des dérives manipulatoires?
Cependant, selon Hundert, enseigner consiste également à transmettre des valeurs. Le film nous montre en lui, un homme de principes, qui pourtant va découvrir ses limites et ses faiblesses.
"Évaluer de façon juste et objective ses élèves" un vœu pieux?
La réputation et le talent d' Huundert sont tels que ses élèves lui vouent une admiration sans bornes. Peu habitué à l'insolence de la part de ses disciples, il fut donc particulièrement destabilisé lors de l'arrivée de Sedwick dans sa classe. D'abord conflictuelles, leurs relations évoluèrent sensiblement. Hundert vit en cet élève perturbateur un défi à relever : faire de lui un être sensible et cultivé. Il prit alors Sedwick sous son aile et... lui fit bénéfier de menus traitement de faveurs jusqu'au jour où il alla juqu'à fausser une évaluation pour favoriser son protégé...
Hundert réussira-t-il à faire changer Sedgwick?...Vous saurez tout en regardant ce film qui traite avec finesse de questions essentielles relatives aux rapports de maîtres à élèves. C'est une oeuvre sensible, habitée par des personnages complexes et fascinants. Je vous la conseille vivement !

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