dimanche 30 janvier 2011

Le Club des empereurs, un film de Michael Hoffman

"Ils sont l'élite, il va faire d'eux des hommes" indiquait pompeusement la jaquette du DVD, acheté au hasard d'une promotion au supermarché. ..


Un ersatz de Cercle des poètes disparus?
Les commentaires débiles sur la jaquette ne s'arrêtaient pas en si bon chemin. Ils promettaient une œuvre dans la lignée du Cercle des poètes disparus. Ayant adoré ce film, j'ai décidé d'acheter ce DVD, m'attendant à trouver une version affadie du film de Peter Weir.


Note pour plus tard : ne jamais se fier aux arguments de vente sur les boitiers de DVD
Le film m'a très agréablement surprise. Il ne s'agissait pas d'une pâle imitation du Cercle. Il adoptait un point de vue original sur l'enseignement et posait des questions que (dans mon humble expérience de spectatrice), je n'avais que rarement vues abordées au cinéma, sur le rôle de l'enseignant, sa place dans la société et ses relations avec ses élèves.


Le personnage principal du film, William Hundert (magistralement interprété par Kevin Kline), est professeur de latin dans un prestigieux lycée américain. Ses élèves représentent la future élite du pays. Hundert adopte une pédagogie des plus classiques, mais il enseigne avec une passion et une érudition telles qu'il force le respect et l'admiration de tous.
Cependant, ce professeur aguerri va se heurter à l'arrivée dans sa classe de Sedgwick Bell, un adolescent rebelle et insolent, mais fils d'un sénateur...

 
De l'utilité de ce que l'on enseigne

Il fallait s'attendre à ce genre de questions lorsque l'on enseigne le latin et la civilisation romaine aux Etats-Unis au milieu des années soixante. Ce qui surprit notre professeur, c'est qu'elle lui fût posée par...un sénateur ! Qui mieux que ce dernier aurait pu comprendre l'influence des Romains sur l'organisation des institutions des américaines ? Il lui aurait suffit d'interroger le titre qu'il portait !

Enseigner, un sacerdoce?

Le professeur Hundert est totalement dévoué à ses élèves, au point d'en négliger sa vie privée. D'âge déjà mûr au début de l'intrigue, il est pourtant célibataire et sans enfants. Il est intéressant de constater qu'au cinéma, les enseignants qui réussissent sur le plan professionnel le font très souvent au détriment de leur vie familiale ou sentimentale (Le Cercle des poètes disparus, Ecrire pour exister...). 
Plus tard, le spectateur apprend, qu'Hundert aime ardemment une femme. Ce dernier laisse pourtant lui échapper celle qui restera la femme de sa vie. Femme par ailleurs mariée, ce qui, j'en conviens, n'est pas un détail insignifiant. Hundert est un homme de principes, qui se refuse à briser un couple uni par le mariage. Il s'agit ici nullement d'un signe de tiédeur affective. Au contraire, il restera fidèle à cette femme mariée et pourra tardivement la retrouver, suite.... à son divorce ? à la mort de son époux ? Le film reste muet sur ce point, et conserve des zones de mystères.

Façonner les esprits ou transmettre du savoir?

Au milieu du film, Hundert rend visite au sénateur Sedgwick. Un homme puissant et méprisant. Leur entrevue constitue une scène forte du film et un moment très désagréable pour notre professeur. A la mise en question de l'utilité de ce qu'il enseignait, le professeur répondit que son rôle était de façonner l'esprit de ses élèves. Il s'attira alors les foudres du polititien qui lui rétorqua de manière virulente qu'en aucun cas, il ne lui permettait de façonner l'esprit de son fils, et qu'il devait se contenter de lui transmettre les connaissances correspondant aux programmes scolaires.
Bien que le sénateur soit un personnage fort antipathique, on ne peut s'empêcher de comprendre son inquiétude. Les élèves se réduisent-ils à une matière molle que leurs professeurs modèleraient ? Comment ne pas craindre à travers ces propos des dérives manipulatoires?
Cependant, selon Hundert, enseigner consiste également à transmettre des valeurs. Le film nous montre en lui, un homme de principes, qui pourtant va découvrir ses limites et ses faiblesses.

 "Évaluer de façon juste et objective ses élèves" un vœu pieux?


La réputation et le talent d' Huundert sont tels que ses élèves lui vouent une admiration sans bornes. Peu habitué à l'insolence de la part de ses disciples, il fut donc particulièrement destabilisé lors de l'arrivée de Sedwick dans sa classe. D'abord conflictuelles, leurs relations évoluèrent sensiblement. Hundert vit en cet élève perturbateur un défi à relever : faire de lui un être sensible et cultivé. Il prit alors Sedwick sous son aile et... lui fit bénéfier de menus traitement de faveurs jusqu'au jour où il alla juqu'à fausser une évaluation pour favoriser son protégé...

Hundert réussira-t-il à faire changer Sedgwick?...Vous saurez tout en regardant ce film qui traite avec finesse de questions essentielles relatives aux rapports de maîtres à élèves. C'est une oeuvre sensible, habitée par des personnages complexes et fascinants. Je vous la conseille vivement !



vendredi 28 janvier 2011

Sa Majesté des Mouches, un roman de William Golding




A la suite du crash de leur avion dans une île déserte, des enfants vont être livrés à eux-mêmes et devront organiser leur survie sans les adultes. Parmi ces garçons, quelques figures charismatiques émergent. Ralph, un beau collégien de douze ans, raisonnable et réfléchi. Jack, chef d'une maîtrise, laid, agressif, tyrannique, dominé par ses instincts. Le roman est construit autour de ces deux figures antagonistes.

La raison contre la barbarie 
      
Le récit montre la montée des tensions entre ces deux figures. Ralph, conseillé par le sage Porcinet, préconise une organisation rationnelle des activités : entretien de feux pour favoriser un sauvetage et construction de cabanes.
Jack est très vite fasciné par la chasse. Il prend plaisir à tuer des cochons sauvages, aidé des anciens membres de la maîtrise, dont il est le chef. Il obéit à ses instincts et pulsions, se peignant le corps et sacrifiant des abats à d'obscures divinités.
A la fin du récit, l'affrontement entre les deux groupes, celui des sauvages et celui des civilisés deviendra meurtrier. Jack ira jusqu'à organiser "une chasse à l'homme" dans l'île afin d'éliminer Ralph. 


La montée progressive de la peur

Sans la présence rassurante d'adultes, les enfants vont très vite se laisser gagner par la peur. Il est d'abord question d'un serpent apparaissant à la faveur de l'obscurité. La terreur se propage dans le groupe, les enfants parlent de bêtes, monstres, choses noires. Plus tard,des frères jumeaux aperçoivent le cadavre d'un parachutiste qui s'était échoué dans l'île. Pris de panique, les garçons fuient et décrivent aux autres un monstre chimérique. Les garçons croient d'abord en l'existence d'un monstre marin, puis l'hypothèse d'un monstre des airs fait son apparition. Les enfants sont en proie à  une hystérie collective.


La bête immonde

Les membres du groupe de Jack cèdent à la superstition. Ils réservent des abats en offrande au monstre pour apaiser sa colère. L'un des garçons, Simon, observe une tête de cochon sur un pieu, offerte à la divinité. Des mouches bourdonnent autour de la gueule sanglante. Simon entend alors le cochon lui parler. Elle lui explique que le monstre les habite tous. Ce roman dresse un portrait sombre de l'homme à l'état de nature. Les enfants, censés représenter l'innocence se comportent de façon cruelle et violente. Les masses sont soumises à des meneurs et obéissent à la loi du plus fort. La raison s'incline devant les peurs superstitieuses du groupe. Chaque enfant est un monstre en puissance. Nulle bête dans les airs, sur terre ou dans la mer. Le mal est en chaque rescapé. Il s'épanouit loin de toute société organisée, à l'état de nature.
William Golding développe donc une vision pessimiste de l'homme. Le titre "Sa Majesté des mouches" fait référence à un passage dans lequel la tête de cochon se désignait ainsi. Mais cette expression est surtout la traduction du nom hébreu "Belzébuth".  Ainsi, "Sa Majesté des mouches" désigne le mal qui hante l'homme.
L'un des chapitres du livre s'intitule "Le Monstre marin". Le lecteur pense alors au leviathan, monstre biblique mais également au titre de l'essai de Thomas Hobbes. Philosophe défendant l'idée qu'à l'état de nature et en dehors du cadre de la civilisation, l'homme sombre dans le chaos, et la violence. L'"homme serait un loup pour l'homme".





 

   

mardi 25 janvier 2011

The Bubble, un film d'Eytan Fox


The Bubble raconte l'histoire d'amour entre deux jeunes hommes. L'un, Ashraf est palestinien et vit à Naplouse. L'autre, Noam, est israélien et habite en colocation avec deux amis à Tel Aviv : Yali qui tient un café et Lulu qui est vendeuse dans une boutique de produits de beauté.
Le film s'ouvre sur des fouilles dans un barrage entre Israël et la Palestine. Noam prend part à ces contrôles dans le cadre de son service militaire. Il croise le regard d'Ashraf. Parmi les civils, une jeune palestinienne perd les eaux. Elle doit accoucher à même le sol. Elle donne naissance à un bébé mort-né. La rencontre d'Ashraf et Noam se fait sous le signe paradoxal de la naissance et de la mort. C'est une bulle qui naîtra pour aussitôt éclater.
Une bulle....
Après la scène du barrage, une séquence musicale nous montre Noam de retour chez lui à Tel Aviv. Le son est celui de la chanson qu'écoute Noam. Rendu sourd aux bruits extérieurs, le jeune homme quitte l'armée pour rentrer dans sa bulle sonore. The Bubble est aussi le surnom donné à la ville de Tel Aviv.
Il est pénible pour Noam de parler de son expérience dans l'armée. C'est avec soulagement qu'il reprend son quotidien de disquaire.
.....qui explose
Un soir, Ashraf fait irruption chez Noam. Il lui remet un sac oublié au barrage. Très vite, une relation amoureuse et passionnée unit les deux jeunes hommes. Les deux colocataires de Noam sont d'abord surpris et dubitatifs devant cette union insolite. Ils finissent cependant par accepter Ashraf chez eux. Yali va même lui donner une place de serveur dans son bar. Ashraf qui parle parfaitement l'hébreux doit cependant se faire passer pour un Israélien. 
En effet, il est en situation irrégulière et n'a pas le droit de résider à Tel Aviv. Le film insiste sur le bonheur du couple et la force de son amour. Noam confie un matin à Ashraf qu'il s'est éclaté avec lui. Ce dernier est surpris par cet usage du mot "éclater".
Des tensions se font jour et on comprend très vite que cette relation est précaire, prête à voler en éclats, à exploser.
La famille d'Ashraf fait pression pour qu'il épouse sa cousine Samira. Elle ignore tout de l'homosexualité du jeune homme et n'est pas prête à l'accepter...
Malgré la volonté des protagonistes d'ignorer "la politique", ils seront très vite rattrapés par le chaos qui règne autour de cette ville apparemment paisible.

lundi 24 janvier 2011

The White Countess, un film de James Ivory

A Shangaï, avant la seconde guerre mondiale, vivent un ancien diplomate de la Société des Nations, aveugle, Jackson, joué par Ralph Fiennes, et une aristocrate, la comtesse Sofia Belinskya (Natasha Richardson), ayant fui son pays après la révolution russe.
Les destinées tragiques de ces personnages sont marquée par les drames du XXe siècle. Sofia a perdu son mari, ses biens, son prestige et est contrainte de vivre loin de sa patrie dans la pauvreté. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle travaille comme hôtesse dans une boîte de nuit de la métropole chinoise.
Jackson a perdu sa fille dans un attentat, qui l'a rendu aveugle.

Entre destinée et hasard

La cessité de Jackson n'est pas sans évoquer la figure d'Oedipe et vient enrichir le motif de la tragédie qui parcourt le film.
Lors d'une soirée en boîte de nuit, Jackson fait par hasard, la connaissance d'un mystérieux japonais, Matsuda. Les deux noctambules échangent leurs conceptions sur les établissements nocturnes et se découvrent des affinités. Jackson confie à Matsuda son désir d'ouvrir le bar de ses rêves.
Tout comme avec Matsuda, Jackson rencontre Sofia Belinskia par une série de circonstances hasardeuses.
C'est enfin par un coup de chance inouï, que Jackson gagne une somme phénoménale aux courses, lui permettant de réaliser son rêve, ouvrir son bar à Shangaï.

Le bar de ses rêves

Sans rien connaître de son apparence, Jackson sait que Sofia est la femme idéale pour incarner l'esprit des lieux. Il demande alors à l'hôtesse de venir travailler dans son bar. Celui-ci est nommé "The White Countess". Jackson a consciencieusement choisi les artistes, musiciens et hôtesses travaillant dans son bar. Le lieu se veut distingué et fonctionne comme une projection du monde intérieur de Jackson. Ce dernier se retirant du monde extérieur pour trouver refuge dans sa boîte de nuit, reflet de toutes ses aspirations. Jackson a été la victime de son destin. Il devient le maître du jeu, dans la "White Countess", à la façon d'un metteur en scène dirigeant les acteurs, les musiciens et les décors. Les lieux ont quelque chose d'artificiel qui renvoie au domaine du théâtre. Ainsi, pour apporter une tension dramatique à l'ambiance du bar, Jackson décide d'y inviter des groupes appartenant à des bords politiques antagonistes. Matsuda lui propose son aide pour attirer une clientèle politisée. Le monde réel va alors faire irruption dans l'univers clos de Jackson.

Rêve et réalité

 Le film de James Ivory instaure une tension entre l'artifice et le réel. Ainsi, l'image de la ville de Shangaï oscille entre des décors en carton pâte rappelant l'âge d'or des studios hollywoodiens alors que d'autres scènes extérieures sont particulièrement réalistes.