jeudi 14 juillet 2011

Germinie Lacerteux, un roman d'Edmond et Jules de Goncourt

Le 18 août 1862, Edmond et Jules de Goncourt perdaient leur vieille et dévouée bonne, Rose Malingre, emportée par une pleurésie. Trois jours plus tard, il furent abasourdis par la révélation de la double vie que menait cette domestique qui leur était si chère. Celle-ci cachait "toute une existence inconnue, odieuse, répugnante, lamentable" (Journal des Goncourt). Les Goncourt découvrirent que Rose avait contracté d'importantes dettes auprès de divers commerçants pour entretenir ses amants. Elle avait dérobé de grosses sommes d'argent à ses maîtres sans que ceux-ci ne s'en rendissent compte et était même parvenue à dissimuler ses penchants pour l'alcool.
Stupéfaits, fascinés, les deux frères tenaient là le sujet de leur prochain roman. C'est ainsi que naissait Germinie Lacerteux, la transposition fictive de cette servante. Ce roman constituait une tentative de réponse à leurs interrogations. Comment cette femme aux dehors si respectables, leur fidèle domestique devenue leur confidente avait-elle pu dissimuler toute une vie de souffrances, d'humiliations et de débauche? La  narration des Goncourt répond à cette question en suivant un rythme fiévreux, le rythme endiablé d'une descente aux enfers. Les descriptions sont rares, les faits s'enchaînent.
Nous découvrons alors les bas-fonds, les coulisses de la ville lumière. La servante, personnage jusqu'alors secondaire dans la tradition romanesque, devient avec les Goncourt, sujet littéraire.
Nulle duplicité, hypocrisie ou manipulation chez Germinie, mais volonté de rester à la hauteur. A la hauteur de sa maîtresse, la très respectable et digne mademoiselle de Varendeuil. Il s'agissait pour le personnage de ne pas décevoir cette maîtresse pour laquelle elle était prête à tout sacrifier. Il fallait préserver les apparences, ne rien laisser paraître.
Après Germinie , mademoiselle de Varendeuil est le deuxième personnage en ordre d'importance dans ce roman. Mademoiselle de Varendeuil est une vieille fille appartenant à la noblesse désargentée, ruinée après la Révolution.
Le récit s'ouvre sur le résumé de son existence. Une succession d'épreuves, de déceptions. 
Germinie Lacerteux est le roman de l'attachement passionné entre ces deux femmes que tout oppose, deux femmes liées par leurs malheurs.  


  • autre roman adoptant le point de vue d'une servante : Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau

samedi 2 juillet 2011

La Solitude des nombres premiers, un film de Saverio Constanzo

Les nombres premiers ont une particularité : ils ne sont divisibles que par un et eux-mêmes. Il est nulle question de maths dans ce film énigmatique, à la chronologie éclatée, qui pose les pièces d'un puzzle que le spectateur reconstitue peu à peu. Cependant, comme pour les nombres premiers Mattia et Alice sont deux êtres à part, que la vie a marqués, distingués. 
A l'écran apparaissent les éclats de la vie de personnages brisés par un traumatisme pendant l'enfance. Ils  deviennent des adolescents solitaires et taciturnes. La douleur va alors s'exprimer par leurs corps.
La bande son, très envahissante est une vague qui nous entraîne dans le film dès le générique. 
Les dates charnières indiquées sur l'écran en bleu nous font suivre les destinées croisées des deux protagonistes.
La narration joue habilement avec les ellipses que l'on comble par l'imagination.
Mystérieux, entraînant et envoutant, ce film tiré du roman éponyme de Paolo Giordano est une réussite.
Avec Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Martina Albano, Isabella Rossellini.

samedi 28 mai 2011

L'oeil invisible, film de Diego Lerman

Marita,est une jeune surveillante dans un lycée de Buenos Aires où règne une discipline militaire.
Le film s'ouvre sur une marche au pas de charge d'élèves conduits par cette dernière. On est en 1982, année où la guerre des Malouines va précipiter la chute de la junte en Argentine.
Le titre du film renvoie à une conversation entre Biasutto, le surveillant général, et Marita sur le rôle crucial de la surveillance pour faire régner l'ordre. Le surveillant général y développe sa théorie de l'œil invisible. Pour maintenir une discipline de fer, il faut tout voir, épier le moindre signe de subversion.

Le film oscille entre surveillance et subversion

En surveillante zélée, Marita va appliquer les préceptes de Biasutto, et épier les élèves.
Derrière une bonhommie de façade, Biasutto traque et punit sévèrement le moindre signe de subversion. Ce dernier prend avec paternalisme Marita sous son aile et lui fait une cour assidue. 

Un personnage indéterminé

Marita est un personnage jeune, sensible, secret et surtout ambigü. A la fois du côté de l'ordre imposé par les adultes de par son autoritarisme, mais aussi très proche de l'univers des élèves par son jeune âge et par sa situation familiale. Elle vit en effet avec sa mère et sa grand-mère, et n'a jamais connu d'expérience amoureuse.

Une irrésistible attirance

Et c'est justement l'attirance qu'elle éprouve pour un élève qui va révéler cette ambiguïté.

Lors d'un discours prononcé devant les élèves. Un jeune homme joue les perturbateurs sans être repéré par l'assistance ni par l'orateur. Seule Marita le remarque. Elle est alors troublée par ce jeune homme. C'est alors que cette irrsisitible attirance qu'elle ne s'avoue pas va s'exprimer de façon détournée, voire malsaine(surveillance des toilettes des garçons, fouille de sacs à la recherche de sous-vêtements à humer, ou des cassettes audio avant de se précipiter chez le disquaire pour acheter le même album etc.).

Une petite histoire dans la grande

Cette histoire se passe en 1982, année même où après le fiasco des Malouines, la junte argentine fait face à un mouvement de révolte sans précédent...
C'est en effet ce que raconte ce film sous la forme d'un huis-clos fascinant. La rumeur de la rue résonne entre les murs du lycée, invisible, et d'autant plus menaçante. Parti pris esthétique aboutissant à une mise en scène réussie dans laquelle les acteurs excellent.

samedi 9 avril 2011

Un divan à New York, un film de Chantal Akerman

L'histoire se compose de deux fils parallèles qui correspondent aux deux protagonistes. Le spectateur suit alternativement Béatrice (Juliette Binoche) et Henry (William Hurt) que tout oppose a priori. Le récit prendra fin lorsque les deux fils se noueront dans une jolie scène où les personnages dialoguent par fenêtres interposées.
Béatrice est parisienne. Elle est bordélique et spontanée. Comme son prénom semble l'indiquer, elle a le don de rendre les gens heureux. Assaillie par une armada de prétendants plus ou moins insistants, elle les repousse tous avec la même indifférence. Pour échapper aux assiduités de ses soupirants, Béatrice répond à une annonce parue dans le Herald Tribune qui propose un échange temporaire d'appartements entre New York et Paris.
A l'autre bout du Pacifique vit Henry, dans une suite cossue de Manhattan. C'est le psychanalyste le plus réputé de la ville. Victime de son succès, Henry est envahi par ses patients. Mais comment soulager la souffrance d'autrui lorsque l'on est soi même englué dans une dépression? Henry est l'auteur de l'annonce qui avait retenu l'attention de Béatrice.
L'échange se produit. Chacun s'installe chez l'autre sans l'avoir rencontré préalablement. Mais y a-t-il une meilleure façon de connaître une personne que de s'installer chez elle? Béatrice quitte son appartement bruyant et décrépit pour une suite luxueuse et silencieuse. Elle fait connaissance avec les patients de Henry et devient leur psychanalyste de substitution suite à un malentendu.
Henry découvre lui l'environnement bruyant et mouvementé de Béatrice ainsi que ses prétendants. 
Après quelques quiproquo hilarants et une scène de reconnaissance digne de Marivaux, cette comédie sentimentale raffinée et pleine d'humour se clora sur un final attendu mais plein de charme. La musique de Paolo Conte ajoute une touche d'élégance à ce film qui n'en manquait pas.
Vous serez ravi de (re)découvrir ce petit bijou, qui est sorti en 1996.

mardi 8 mars 2011

Les Dames de Cornouailles, un film de Charles Dance

Ce film réalisé par Charles Dance, sorti en 2004, est inspiré d'une nouvelle de William J. Locke. Il raconte comment deux vieilles femmes recueillent un jeune inconnu qui s'était échoué sur la plage. Cette rencontre bouleverse les deux dames qui avaient vécu jusque là de longues années "en tête à tête".
Je ne vais pas, comme dans mes articles précédents, proposer une petite analyse de l'oeuvre mais simplement tenter de vous faire partager mon enthousiasme pour ce film.
Celui-ci doit beaucoup de son charme à la beauté époustouflante des paysages de Cornouailles. Deuxième fait notable, les personnages principaux sont deux femmes et qui plus est, deux dames d'un certain âge, fait rare au cinéma. Les protagonistes ont une épaisseur psychologique tout en gardant une part de mystère. Le regard azur d'Ursula (Judi Dench) évoque ainsi des profondeurs marines riches mais insondables. Ce personnage est fantasque, et a gardé une spontanéité enfantine. L'exact opposé de sa soeur Janet (Maggie Smith) toute en retenue, qui passe son temps à la corriger comme s'il s'agissait encore d'une petite fille. Dès leur découverte du corps d'Andrea, gisant sans connaissance sur la plage, les deux soeurs vont lui venir en aide avec un dévouement sans limite. Elles vont soigner et recueillir chez elle ce jeune Polonais (joué par Daniel Brühl) et apprendre à le connaître. 
Après tant d'années vécues seules dans leur petit village de Cornouailles, la présence d'Andrea va réveiller de vieux démons endormis par des décennies de solitude. Face à ce jeune homme (il est intéressant de constater que le prénom d'Andrea signifie l'homme en grec, choix qui n'est certainement pas innocent), Ursula qui n'a pas eu la chance de rencontrer un mari, prend douloureusement conscience de sa condition de vieille fille. Andrea rappelle à Janet son défunt mari perdu pendant la grande guerre. Ce veuvage précoce l'avait privée des joies de la maternité...
Vous l'avez compris, il est question d'amour dans ce film. Deux femmes, à l'approche de la mort vont saisir l'occasion d'aimer comme elles n'avaient pu le faire dans leur vie...Ursula va aimer Andrea comme une adolescente, et Janet va l'aimer comme une mère...
Le film semble citer un passage de Mort à Venise de Visconti (adaptation de la nouvelle de Thomas Mann) losque sur la plage, Ursula observe Andrea se baignant...
Comment Andrea répondra-t-il aux témoignages d'amour de ses deux bienfaitrices ? Vous le saurez en regardant ce merveilleux film que je vous recommande !
    

jeudi 24 février 2011

Copie conforme, un film d'Abbas Kiarostami

Un petit résumé pour savoir de quoi l'on parle  (Attention, il dévoile des moments-clés de l'intrigue!)

Il est difficile de résumer ce film... Celui-ci aborde et entremêle deux thèmes : le couple et l'art. L'action se déroule en Toscane, en Italie, dans le pays de l'art (Florence) et de l'amour (Vérone, Venise..).
Le film s'ouvre sur une conférence de James Miller (William Shimell), auteur d'un essai intitulé Copie Conforme, double de fiction de Kiarostami, auteur du film éponyme.
L'essai de James porte sur les rapports entre les œuvres d'art et leurs reproductions. Dans l'assistance, le personnage incarné par Juliette Binoche regarde amoureusement l'auteur, et donne à son voisin, le traducteur de Miller, son numéro de téléphone, à transmettre à James. Plus tard, ce dernier se rend chez son admiratrice. Ils improvisent une excursion dans la campagne proche. Ils s'arrêtent dans une auberge. Alors que Miller quitte momentanément la salle pour répondre à un appel sur son téléphone portable, une conversation s'engage entre l'aubergiste et la jeune femme. La patronne pense que James et son admiratrice sont mariés. Cette dernière ne la détrompe pas. La jeune femme raconte à Miller de retour dans le restaurant, la méprise de l'aubergiste. Miller constate alors qu'ils forment un beau couple. Cette remarque constitue un tournant dans le film. Jusqu'ici, les deux personnages, liaient connaissance en discutant sur les thèses que Miller avait développées dans son livre. Selon l'auteur, en matière d'art, la copie vaut plus que l'original dans la mesure où la valeur artistique d'un objet lui est conférée par le regard de celui qui l'apprécie. Cependant, à partir de la remarque de Miller sur le couple qu'il forme avec son admiratrice, le sujet de la conversation change et les personnages par leurs propos donnent au spectateur le sentiment qu'ils se connaissaient bien avant cette journée et qu'ils forment un couple marié depuis quinze ans.
Les choses ne sont donc pas données comme des certitudes. Le couple est une instance fragile dont l'existence même est mise en doute.

La comédie du bonheur
Dans la deuxième partie du film, les deux personnages s'adressent l'un à l'autre comme s'ils étaient mariés de longue date. On comprend alors que le couple a joué la comédie mais sans savoir à quel moment. Soit, il feignait une rencontre amoureuse dans la première partie du film, soit c'est dans la seconde partie qu'il joue au couple marié de longue date. En ne tranchant pas, Kiarostami montre que tout couple est fondé sur une mise en scène de soi, une espèce de comédie jouée à deux, ou bien une tragédie. Sur ce point, il est intéressant de constater que le film est construit sur une unité de temps, puisque l'action se déroule sur une journée conformément aux principes de la dramaturgie classique.
Les deux protagonistes révèlent leur essence théâtrale, Miller lors de sa conférence et la jeune femme dans son usage du maquillage, des bijoux, dans sa volonté de se faire belle pour l'autre.


Le couple, un idéal, impossible à réaliser ?
Le couple n'est donc qu'une convention théâtrale? La quête d'un idéal impossible à réaliser ? Le film illustre cette rencontre impossible par le passage d'une langue à l'autre. Miller est anglophone. La jeune femme est française. Lors de leurs disputes, chacun aura spontanément recours à sa langue natale, sans que l'on puisse a proprement parler de dialogue de sourd puisque la jeune femme maîtrise parfaitement la langue de Shakespeare.
Celle-ci reproche à Miller de ne pas avoir remarqué le rouge à lèvres et les boucles d'oreilles qu'elle avait mis dans les toilettes du restaurant, comme si elle était transparente, comme s'ils étaient incapables de se regarder l'un l'autre. On ne peut s'empêcher de penser à la phrase d'Antoine de Saint Exupéry, "aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction".


Des copies conformes ou le mythe de l'éternel retour
Le film décline sous différentes formes le thème de l'imitation, de la démultiplication. Les hommes ne font que jouer le mythe de l'éternel retour. Les protagonistes croisent de multiples couples aux abords d'un arbre d'or qui porterait bonheur aux jeunes mariés. Miller est mal à l'aise face à eux. Peut-être le renvoient-ils au jeune marié qu'il fut, confiant, avant les désillusions. Ils comprend probablement que ces derniers ne sont que des répliques, qui vont rejouer sa propre histoire. Du côté de la jeune femme, on décèle de la nostalgie, l'envie de retrouver l'enthousiasme des jeunes années. Les personnages principaux sont d'âge mûr, ni au début, ni à la fin mais au cœur de la vie. Après avoir été contraint de poser près de l'arbre d'or avec de jeunes mariés, Miller confie son pessimisme à la femme qui l'accompagne. D'après lui, le jeune couple ne survivra que s'il prend conscience que ses sentiments devront fatalement changer et évoluer, et Miller de poursuivre : "On ne demande pas à un arbre de promettre de garder ses fleurs après le printemps car les fleurs deviennent fruits. Et puis l'arbre perd ses fruits". Cette image porte en elle implicitement l'idée du recommencement cyclique et des âges de la vie. Les jeunes mariés sont les arbres en fleurs, les couples mûrs, les arbres porteurs de fruits etc. Miller et sa compagne ont atteint le cœur de leur existence. Dans leurs pérégrinations, ils croiseront non seulement de jeunes couples mais aussi des répliques plus âgées. La première fois près d'une fontaine, (le vieil homme est joué par Jean-Claude Carrière), la seconde fois, au sortir d'une église. L'image de l'arbre fruitier suggère l'idée des saisons de la vie mais aussi celle de l'éternel retour. Les saisons se succèderont, à l'identique et à l'infini. La compagne de Miller avait d'ailleurs remarqué que son fils était "la copie conforme" de son père. De générations en générations, des couples se font et se défont et jouent la comédie en tentant d'atteindre un idéal à la façon d'un faussaire imitant une œuvre d'art.

lundi 14 février 2011

American Dreamz, un film de Paul Weitz

Se presser de rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer

American Dreamz est une comédie déjantée qui raconte comment le président des États-Unis va participer à la finale d'une émission télévisée éponyme du style de La Recherche de la Nouvelle Star. Le film, sorti en 2006, au milieu du second mandat de Bush, se veut un reflet de l'époque: vogue des émissions de télé réalité faisant appel à des écervelés rêvant de célébrité, sur fond de croisades contre le terrorisme  menée par l'administration Bush...Ces thèmes graves sont tournés en dérision.

Rire des terroristes...

On assiste au tournage farcesque d'un film sur les camps d'entraînement en Afghanistan. L'un des apprentis terroristes enchaîne les gaffes et gâche toutes les scènes. Il s'agit d'Omer, un jeune Irakien qui est entré dans le terrorisme après avoir perdu sa mère dans des bombardements américains. La nuit venue, dans sa tente, il gesticule de façon grotesque au son des standards de Broadway. Ce jeune homme n'est pas habité par le Jihad mais par le rêve américain, celui des airs de music hall...

Rire de la télé poubelle...

Le film s'ouvre sur des chiffres, ceux que découvre Martin Tweed alias Hugh Grant, présentateur d'American Dreamz. Des chiffres montrant les audiences record de l'émission. Pour la nouvelle saison, l'objectif de Tweed est de se maintenir aux sommets. Pour cela, il faut aller encore plus loin dans la bêtise. Pour donner du piquant à son émission, il ordonne à ses collaborateurs de recruter notamment une espèce de nouvelle Britney Spears, séduisante jeune fille issue d'un milieu défavorisé, un juif et un arabe...


La manipulation sous toutes ses formes

Le thème de la manipulation est décliné sous toutes ses formes dans le film. Manipulation au sommet de l'État, puisque le président des États-Unis, joué par Dennis Quaid, est un être ignare, marionnette aux mains des membres de son administration et notamment du vice-président Sutter incarné par un Willem Dafoe méconnaissable.
La manipulation est également celle des terroristes qui enrôlent dans leurs camps d'entraînement des jeunes garçons comme Omer et leur font miroiter des jours heureux après la mort, au paradis.
C'est enfin celle de l'équipe de Martin Tweedy, qui utilise des individus à des fins d'audience. Le reality show est tout sauf la réalité, puisque c'est le règne de la mise en scène orchestrée notamment par l'agent de Sally Kendoo, jeune fille sélectionnée au titre de pseudo Britney Spears. 

Effets de miroir : Lorsque deux cyniques se rencontrent 
Certains personnages  d'American Dreamz forment des doublons. C'est le cas de Tweed et Sally Kendoo. Les deux sont issus de milieu modestes. Les deux sont prêts à tous les sacrifices pour devenir célèbres et réussir. Le film voit ainsi se succéder deux scènes de rupture, parallèles. La première constitue l'ouverture du film, Tweed rompt cruellement avec sa petite amie. Par la suite, ce sera au tour de Sally d'éconduire le dévoué William Williams (Chris Klein). Tweed sera très vite attiré par Sally, cette jeune femme qui lui ressemble tant. Les deux êtres vont vivre une brève idylle. La fin du film que je me garderais bien de dévoiler parachèvera l'idée que ses deux personnages n'en sont qu'un.


Lorsque trois marionnettes se rencontrent
De la même façon, il est possible d'associer trois victimes collatérales de la manipulation, ces trois personnages vont se rencontrer le soir de la finale d'American Dreamz. Le premier s'appelle
William Williams. Après sa rupture, il s'est enrôlé en Irak dans un conflit qui le dépasse, pour être aussitôt de retour après avoir reçu une balle dans le bras, à l'endroit même où il s'était fait tatouer le visage de sa bien-aimée.Il ne sera pas au bout de ses peines puique sa petite amie l'utilisera pour s'attirer les faveurs des téléspectateurs d'American Dreamz. Il sera donc doublement manipulé, ses faibles capacités intellectuelles aidant.
Le deuxième pantin, pas beaucoup plus intelligent n'est autre que le président des États-Unis, invité vedette du show télévisé.
Enfin la troisième marionnette est Omer, finaliste avec Sally de l'émission.
Deux objets symbolisent cette manipulation, l'oreillette, dont le président ne fait que répéter les propos, et la ceinture d'explosifs que les terroristes ont fait revêtir de force à Omer...
Quelle sera l'issue de ces rencontres du troisième type? Vous saurez tout en regardant cette comédie décalée, qui vaut le détour !

dimanche 6 février 2011

To be or not to be, un film d'Ernst Lubitsch





A Varsovie en août 1939, période d'entre-deux où l'Europe s'apprête à basculer dans le chaos, des badauds découvrent stupéfaits, Hitler, seul dans la rue. Une voix off tonitruante annonce un retour en arrière. Nous voilà donc à Berlin, au sein de la Gestapo.
C'est alors qu'intervient Rawitch, metteur en scène. Ce dernier vient briser l'illusion dramatique. Ce ne sont pas des nazis mais des comédiens qui répètent une pièce "réaliste", Gestapo dans un théâtre de Varsovie.   

Frontière floue entre cinéma et théâtre


Avant l'arrivée de Rawitch, rien ne permettait d'identifier les répétitions théâtrales comme telles. En effet, l'ouverture du film use et abuse des codes proprement cinématographiques (voix-off, décors extérieurs, montage avec série de plans courts plans fixes, puis panoramique et succession de gros plans sur les passants stupéfaits à la vue d'Hitler, ).

Rapports ambigus entre réalité et fiction



  Dans cette œuvre, il est difficile de déterminer nettement le territoire du réel et celui de la fiction. Lors des répétitions de Gestapo, les comédiens ont bien du mal à rentrer dans la peau de leurs personnages. Bronski ne peut s'empêcher d'ajouter des effets comiques, Maria Tura (Carole Lombard) entre sur scène en flamboyante robe de soirée alors même qu'elle doit interpréter la prisonnière d'un camp de concentration !... D'où les protestations du metteur en scène, qui doit rappeler à ses comédiens qu'il s'agit d'une "pièce réaliste".
Le soir même, la troupe se produit dans Hamlet. Alors que Josef Tura entame son fameux monologue commençant par "To be or not to be", l'un des spectateurs quitte ostensiblement les lieux. Il s'agit du jeune lieutenant Sobinski. Le comédien est agacé par cette sortie qu'il interprète comme un affront à ses qualités d'acteur. Son monologue n'en acquiert que plus de vérité, car les mots qu'il prononce pourraient s'appliquer dans une moindre mesure à ce qu'il ressent à ce moment-là., ce qui ironiquement leur donne une portée plus grotesque que tragique. La figure fictive d'Hamlet s'efface pour laisser place à celle du cabotin...et cocu.... 

Adultère et triangle amoureux


  En effet, Sobinski  quittait sa place, non pas pour protester contre le jeu de Josef Tura, mais pour rejoindre à ce moment opportun, Maria Tura, dans sa loge. Celle-ci était tombée sous le charme du jeune homme. Le film développe ainsi le thème de l'adultère, de manière détournée, code de censure Hays oblige. Cela donne lieu à des dialogues à double sens sur la capacité du lieutenant à larguer des bombes dans son avion...
  Plus tard, alors que la guerre avait éclaté, parachuté pour empêcher une opération anti-résistance de la Gestapo, il sera herbergé en urgence par Maria Tura. Josef Tura en rentrant dans le domicile conjugal, le découvrira stupéfait, dans son lit. Le film suggérait de manière appuyée que le lieutenant avait pris la place du mari.


Et la réalité dépassa la fiction...

La troupe de Rawitch est contrainte de cesser ses activités au moment où la guerre éclate avec l'invasion de la Pologne. Les costumes nazis des comédiens rentrent au placard pour laisser place aux uniformes de la "vraie" Gestapo.

...mais la fiction n'avait pas dit son dernier mot


Cependant, les membres de la troupe ne vont pas rester oisifs très longtemps. Après le retour d'Angleterre de Sobinski, ces derniers vont tenter de mettre leurs talents de comédiens au service de la résistance au nazisme. Ils vont infiltrer la Gestapo, rejouant parfois presqu'à l'identique certaines scènes de leur pièce Gestapo aux côtés de "vrais" nazis. Il s'opère ainsi un dialogue entre  fiction et réalité. De la qualité de leur jeu dépendra le succès de leur infiltration et bien sûr leur salut !


Pour conclure
Même si mon commentaire ne le montre pas, ce film est extrêmement drôle. Il faut toute la finesse et le talent de Lubitsch pour mêler sans fausses notes le thème du nazisme à la tonalité comique. Cette œuvre riche est aussi une peinture sociale du monde des comédiens qui va des seconds rôles frustrés de ne pas voir reconnaître leur talent aux histrions qui ne peuvent s'empêcher d'en rajouter, en passant par les Tura. Couple impossible de jeunes premiers, en concurrence, à l'égo sur-dimensionné, couple qui plus est fragilisé par la présence de Sobinski.   
Enfin, ce film est un hommage à la magie du théâtre.  Le spectateur est troublé lorsqu' il entend Greenberg prononcer sa tirade shakespearienne. Ses mots sont-ils ceux du Shylock du Marchand de Venise, ou bien ceux d'une victime des persécutions nazies? Ainsi, ce film fonctionne comme une démonstration, celle de la force du théâtre comme révélateur de vérité.

mardi 1 février 2011

Festins secrets, un roman de Pierre Jourde

 Le personnage principal de ce roman, Gilles Saurat est, après de brillantes études, affecté en qualité de professeur stagiaire dans un collège. Le roman s'ouvre sur son long trajet en train qui le mène vers l'obscure et inquiétante ville de Logres, où il devra enseigner.
Le jour de la pré-rentrée, il découvre qu'en tant que nouvel arrivé, on lui a réservé les classes les plus difficiles. Le même jour, il entendra le discours du principal, prononcé dans un jargon pédago-bureaucratique absurde enrobé de langue de bois. Un passage jubilatoire, particulièrement réussi dans le livre.
Le héros devra lutter des mois durant face à une administration sclérosée et kafkaïenne pour obtenir le versements de ses salaires.
Cette année scolaire sera pour Gilles Saurat un long cauchemar, une descente aux enfers. Il endurera les humiliations de ses élèves avant de bénéficier d'un très long congé maladie accordé par un ami gynécologue.
La ville de Logres est un lieu apocalyptique habité au mieux par des abrutis, au pire, par des brutes épaisses semant la panique dans la cité.
L'espace est dominé par les centres commerciaux.
Comme toute ville de province, Logres a ses notables, ceux-ci sont rongés par toutes formes de vices (avarice, perversions).


Festins secrets est un roman pessimiste, faisant songer à Kafka. Ce récit dresse un portrait sombre du système éducatif français et de la jeunesse. La société décrite est dominée par un consumérisme boulimique et abrutissant. Nulle trace d'humanité, quelles que soient les couches sociales décrites. Les élèves forment une masse violente, et réfractaire à la culture et l'enseignement.
J'ai trouvé ce roman très fort et malheureusement juste dans sa noirceur. Cependant, certains passages sont dérangeants notamment ceux qui dépeignent les familles d'immigrés arabes comme organisées autour d'une figure masculine (le fils) objet de la vénération sans limite de leurs mères soumises et opprimées en tant que femmes. Ces jeunes garçons sont alors caricaturés en figures du mal, menant une espèce de jihad sur le sol français.  Bien que ce récit reflète le point de vue d'un personnage fictif et qui plus est mentalement perturbé, il n'en demeure pas moins qu'ils produisent une gêne chez le lecteur de ce roman qui par ailleurs est rédigé avec talent, dans un style novateur.

dimanche 30 janvier 2011

Le Club des empereurs, un film de Michael Hoffman

"Ils sont l'élite, il va faire d'eux des hommes" indiquait pompeusement la jaquette du DVD, acheté au hasard d'une promotion au supermarché. ..


Un ersatz de Cercle des poètes disparus?
Les commentaires débiles sur la jaquette ne s'arrêtaient pas en si bon chemin. Ils promettaient une œuvre dans la lignée du Cercle des poètes disparus. Ayant adoré ce film, j'ai décidé d'acheter ce DVD, m'attendant à trouver une version affadie du film de Peter Weir.


Note pour plus tard : ne jamais se fier aux arguments de vente sur les boitiers de DVD
Le film m'a très agréablement surprise. Il ne s'agissait pas d'une pâle imitation du Cercle. Il adoptait un point de vue original sur l'enseignement et posait des questions que (dans mon humble expérience de spectatrice), je n'avais que rarement vues abordées au cinéma, sur le rôle de l'enseignant, sa place dans la société et ses relations avec ses élèves.


Le personnage principal du film, William Hundert (magistralement interprété par Kevin Kline), est professeur de latin dans un prestigieux lycée américain. Ses élèves représentent la future élite du pays. Hundert adopte une pédagogie des plus classiques, mais il enseigne avec une passion et une érudition telles qu'il force le respect et l'admiration de tous.
Cependant, ce professeur aguerri va se heurter à l'arrivée dans sa classe de Sedgwick Bell, un adolescent rebelle et insolent, mais fils d'un sénateur...

 
De l'utilité de ce que l'on enseigne

Il fallait s'attendre à ce genre de questions lorsque l'on enseigne le latin et la civilisation romaine aux Etats-Unis au milieu des années soixante. Ce qui surprit notre professeur, c'est qu'elle lui fût posée par...un sénateur ! Qui mieux que ce dernier aurait pu comprendre l'influence des Romains sur l'organisation des institutions des américaines ? Il lui aurait suffit d'interroger le titre qu'il portait !

Enseigner, un sacerdoce?

Le professeur Hundert est totalement dévoué à ses élèves, au point d'en négliger sa vie privée. D'âge déjà mûr au début de l'intrigue, il est pourtant célibataire et sans enfants. Il est intéressant de constater qu'au cinéma, les enseignants qui réussissent sur le plan professionnel le font très souvent au détriment de leur vie familiale ou sentimentale (Le Cercle des poètes disparus, Ecrire pour exister...). 
Plus tard, le spectateur apprend, qu'Hundert aime ardemment une femme. Ce dernier laisse pourtant lui échapper celle qui restera la femme de sa vie. Femme par ailleurs mariée, ce qui, j'en conviens, n'est pas un détail insignifiant. Hundert est un homme de principes, qui se refuse à briser un couple uni par le mariage. Il s'agit ici nullement d'un signe de tiédeur affective. Au contraire, il restera fidèle à cette femme mariée et pourra tardivement la retrouver, suite.... à son divorce ? à la mort de son époux ? Le film reste muet sur ce point, et conserve des zones de mystères.

Façonner les esprits ou transmettre du savoir?

Au milieu du film, Hundert rend visite au sénateur Sedgwick. Un homme puissant et méprisant. Leur entrevue constitue une scène forte du film et un moment très désagréable pour notre professeur. A la mise en question de l'utilité de ce qu'il enseignait, le professeur répondit que son rôle était de façonner l'esprit de ses élèves. Il s'attira alors les foudres du polititien qui lui rétorqua de manière virulente qu'en aucun cas, il ne lui permettait de façonner l'esprit de son fils, et qu'il devait se contenter de lui transmettre les connaissances correspondant aux programmes scolaires.
Bien que le sénateur soit un personnage fort antipathique, on ne peut s'empêcher de comprendre son inquiétude. Les élèves se réduisent-ils à une matière molle que leurs professeurs modèleraient ? Comment ne pas craindre à travers ces propos des dérives manipulatoires?
Cependant, selon Hundert, enseigner consiste également à transmettre des valeurs. Le film nous montre en lui, un homme de principes, qui pourtant va découvrir ses limites et ses faiblesses.

 "Évaluer de façon juste et objective ses élèves" un vœu pieux?


La réputation et le talent d' Huundert sont tels que ses élèves lui vouent une admiration sans bornes. Peu habitué à l'insolence de la part de ses disciples, il fut donc particulièrement destabilisé lors de l'arrivée de Sedwick dans sa classe. D'abord conflictuelles, leurs relations évoluèrent sensiblement. Hundert vit en cet élève perturbateur un défi à relever : faire de lui un être sensible et cultivé. Il prit alors Sedwick sous son aile et... lui fit bénéfier de menus traitement de faveurs jusqu'au jour où il alla juqu'à fausser une évaluation pour favoriser son protégé...

Hundert réussira-t-il à faire changer Sedgwick?...Vous saurez tout en regardant ce film qui traite avec finesse de questions essentielles relatives aux rapports de maîtres à élèves. C'est une oeuvre sensible, habitée par des personnages complexes et fascinants. Je vous la conseille vivement !



vendredi 28 janvier 2011

Sa Majesté des Mouches, un roman de William Golding




A la suite du crash de leur avion dans une île déserte, des enfants vont être livrés à eux-mêmes et devront organiser leur survie sans les adultes. Parmi ces garçons, quelques figures charismatiques émergent. Ralph, un beau collégien de douze ans, raisonnable et réfléchi. Jack, chef d'une maîtrise, laid, agressif, tyrannique, dominé par ses instincts. Le roman est construit autour de ces deux figures antagonistes.

La raison contre la barbarie 
      
Le récit montre la montée des tensions entre ces deux figures. Ralph, conseillé par le sage Porcinet, préconise une organisation rationnelle des activités : entretien de feux pour favoriser un sauvetage et construction de cabanes.
Jack est très vite fasciné par la chasse. Il prend plaisir à tuer des cochons sauvages, aidé des anciens membres de la maîtrise, dont il est le chef. Il obéit à ses instincts et pulsions, se peignant le corps et sacrifiant des abats à d'obscures divinités.
A la fin du récit, l'affrontement entre les deux groupes, celui des sauvages et celui des civilisés deviendra meurtrier. Jack ira jusqu'à organiser "une chasse à l'homme" dans l'île afin d'éliminer Ralph. 


La montée progressive de la peur

Sans la présence rassurante d'adultes, les enfants vont très vite se laisser gagner par la peur. Il est d'abord question d'un serpent apparaissant à la faveur de l'obscurité. La terreur se propage dans le groupe, les enfants parlent de bêtes, monstres, choses noires. Plus tard,des frères jumeaux aperçoivent le cadavre d'un parachutiste qui s'était échoué dans l'île. Pris de panique, les garçons fuient et décrivent aux autres un monstre chimérique. Les garçons croient d'abord en l'existence d'un monstre marin, puis l'hypothèse d'un monstre des airs fait son apparition. Les enfants sont en proie à  une hystérie collective.


La bête immonde

Les membres du groupe de Jack cèdent à la superstition. Ils réservent des abats en offrande au monstre pour apaiser sa colère. L'un des garçons, Simon, observe une tête de cochon sur un pieu, offerte à la divinité. Des mouches bourdonnent autour de la gueule sanglante. Simon entend alors le cochon lui parler. Elle lui explique que le monstre les habite tous. Ce roman dresse un portrait sombre de l'homme à l'état de nature. Les enfants, censés représenter l'innocence se comportent de façon cruelle et violente. Les masses sont soumises à des meneurs et obéissent à la loi du plus fort. La raison s'incline devant les peurs superstitieuses du groupe. Chaque enfant est un monstre en puissance. Nulle bête dans les airs, sur terre ou dans la mer. Le mal est en chaque rescapé. Il s'épanouit loin de toute société organisée, à l'état de nature.
William Golding développe donc une vision pessimiste de l'homme. Le titre "Sa Majesté des mouches" fait référence à un passage dans lequel la tête de cochon se désignait ainsi. Mais cette expression est surtout la traduction du nom hébreu "Belzébuth".  Ainsi, "Sa Majesté des mouches" désigne le mal qui hante l'homme.
L'un des chapitres du livre s'intitule "Le Monstre marin". Le lecteur pense alors au leviathan, monstre biblique mais également au titre de l'essai de Thomas Hobbes. Philosophe défendant l'idée qu'à l'état de nature et en dehors du cadre de la civilisation, l'homme sombre dans le chaos, et la violence. L'"homme serait un loup pour l'homme".





 

   

mardi 25 janvier 2011

The Bubble, un film d'Eytan Fox


The Bubble raconte l'histoire d'amour entre deux jeunes hommes. L'un, Ashraf est palestinien et vit à Naplouse. L'autre, Noam, est israélien et habite en colocation avec deux amis à Tel Aviv : Yali qui tient un café et Lulu qui est vendeuse dans une boutique de produits de beauté.
Le film s'ouvre sur des fouilles dans un barrage entre Israël et la Palestine. Noam prend part à ces contrôles dans le cadre de son service militaire. Il croise le regard d'Ashraf. Parmi les civils, une jeune palestinienne perd les eaux. Elle doit accoucher à même le sol. Elle donne naissance à un bébé mort-né. La rencontre d'Ashraf et Noam se fait sous le signe paradoxal de la naissance et de la mort. C'est une bulle qui naîtra pour aussitôt éclater.
Une bulle....
Après la scène du barrage, une séquence musicale nous montre Noam de retour chez lui à Tel Aviv. Le son est celui de la chanson qu'écoute Noam. Rendu sourd aux bruits extérieurs, le jeune homme quitte l'armée pour rentrer dans sa bulle sonore. The Bubble est aussi le surnom donné à la ville de Tel Aviv.
Il est pénible pour Noam de parler de son expérience dans l'armée. C'est avec soulagement qu'il reprend son quotidien de disquaire.
.....qui explose
Un soir, Ashraf fait irruption chez Noam. Il lui remet un sac oublié au barrage. Très vite, une relation amoureuse et passionnée unit les deux jeunes hommes. Les deux colocataires de Noam sont d'abord surpris et dubitatifs devant cette union insolite. Ils finissent cependant par accepter Ashraf chez eux. Yali va même lui donner une place de serveur dans son bar. Ashraf qui parle parfaitement l'hébreux doit cependant se faire passer pour un Israélien. 
En effet, il est en situation irrégulière et n'a pas le droit de résider à Tel Aviv. Le film insiste sur le bonheur du couple et la force de son amour. Noam confie un matin à Ashraf qu'il s'est éclaté avec lui. Ce dernier est surpris par cet usage du mot "éclater".
Des tensions se font jour et on comprend très vite que cette relation est précaire, prête à voler en éclats, à exploser.
La famille d'Ashraf fait pression pour qu'il épouse sa cousine Samira. Elle ignore tout de l'homosexualité du jeune homme et n'est pas prête à l'accepter...
Malgré la volonté des protagonistes d'ignorer "la politique", ils seront très vite rattrapés par le chaos qui règne autour de cette ville apparemment paisible.

lundi 24 janvier 2011

The White Countess, un film de James Ivory

A Shangaï, avant la seconde guerre mondiale, vivent un ancien diplomate de la Société des Nations, aveugle, Jackson, joué par Ralph Fiennes, et une aristocrate, la comtesse Sofia Belinskya (Natasha Richardson), ayant fui son pays après la révolution russe.
Les destinées tragiques de ces personnages sont marquée par les drames du XXe siècle. Sofia a perdu son mari, ses biens, son prestige et est contrainte de vivre loin de sa patrie dans la pauvreté. Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle travaille comme hôtesse dans une boîte de nuit de la métropole chinoise.
Jackson a perdu sa fille dans un attentat, qui l'a rendu aveugle.

Entre destinée et hasard

La cessité de Jackson n'est pas sans évoquer la figure d'Oedipe et vient enrichir le motif de la tragédie qui parcourt le film.
Lors d'une soirée en boîte de nuit, Jackson fait par hasard, la connaissance d'un mystérieux japonais, Matsuda. Les deux noctambules échangent leurs conceptions sur les établissements nocturnes et se découvrent des affinités. Jackson confie à Matsuda son désir d'ouvrir le bar de ses rêves.
Tout comme avec Matsuda, Jackson rencontre Sofia Belinskia par une série de circonstances hasardeuses.
C'est enfin par un coup de chance inouï, que Jackson gagne une somme phénoménale aux courses, lui permettant de réaliser son rêve, ouvrir son bar à Shangaï.

Le bar de ses rêves

Sans rien connaître de son apparence, Jackson sait que Sofia est la femme idéale pour incarner l'esprit des lieux. Il demande alors à l'hôtesse de venir travailler dans son bar. Celui-ci est nommé "The White Countess". Jackson a consciencieusement choisi les artistes, musiciens et hôtesses travaillant dans son bar. Le lieu se veut distingué et fonctionne comme une projection du monde intérieur de Jackson. Ce dernier se retirant du monde extérieur pour trouver refuge dans sa boîte de nuit, reflet de toutes ses aspirations. Jackson a été la victime de son destin. Il devient le maître du jeu, dans la "White Countess", à la façon d'un metteur en scène dirigeant les acteurs, les musiciens et les décors. Les lieux ont quelque chose d'artificiel qui renvoie au domaine du théâtre. Ainsi, pour apporter une tension dramatique à l'ambiance du bar, Jackson décide d'y inviter des groupes appartenant à des bords politiques antagonistes. Matsuda lui propose son aide pour attirer une clientèle politisée. Le monde réel va alors faire irruption dans l'univers clos de Jackson.

Rêve et réalité

 Le film de James Ivory instaure une tension entre l'artifice et le réel. Ainsi, l'image de la ville de Shangaï oscille entre des décors en carton pâte rappelant l'âge d'or des studios hollywoodiens alors que d'autres scènes extérieures sont particulièrement réalistes.