Tesis, un film de Alejandro Amenabar (interdit aux moins de 16 ans)
Angela (Ana Torrent) rédige une thèse sur la violence à la télévision. Elle demande à son directeur de thèse de l'aider à trouver des images dont la violence empêche la diffusion à la télévision. Celui-ci trouve dans la réserve de la médiathèque universitaire une vidéo qu'il visionne d'abord seul en salle de projection. C'est dans cette salle qu' Angela le retrouve mort assis devant l'écran où il venait de regarder le contenu de cette mystérieuse cassette.
La vue d'images violentes peut-elle tuer?
C'est la question qu'Angela pose à Chema (Fele Martinez), étudiant féru de films d'horreur. C'est aussi l'un des problèmes soulevés par le film. Angela se dit inquiète par la banalisation de la violence à la télévision et s'interroge sur les conséquences de cette surexposition sur les téléspectateurs. Angela déclare ne pas prendre plaisir devant un spectacle violent, pourtant le spectateur la devine très vite fascinée par la mort, qui l'attire tout en lui faisant horreur. L'étudiante est incapable d'avouer cet attrait pour la violence. C'est cette même attirance inavouable que ressent Angela pour le séduisant et subversif Bosco (Eduardo Noriega). A l'opposé de l'hypocrisie d'Angela, se trouve Chema, qui affiche sans ambages son goût pour les images sanglantes et classées X. A travers la question des snuff movies, ces vidéos mettant en scène des actes de torture non simulés, Tesis interroge le spectateur sur sa posture face aux images violentes et s'inscrit dans la lignée de Benny's video ou de Funny Games de Michael Haneke. Nous suivons donc Angela dans son enquête au cœur des snuff movies, dans ce thriller riche en rebondissements et en frissons, à l'époque des VHS. Les questions que posent Tesis mériteraient d'être reconsidérées à l"heure de la diffusion exponentielle et sans contrôle des images par Internet, média absent de ce film du milieu des années 90. Les inquiétudes d'Angela se révèlent a posteriori de tristes prédictions....
ecransinterieurs
dimanche 17 juin 2012
lundi 20 février 2012
Eté, un roman d'Edith Wharton
Charity Royall est une jeune fille étouffant dans le village de North Dormer où derrière la bonhommie de façade sévissent les commérages. Les jeunes filles ayant fauté sont mises au ban par les petits bourgeois étriqués.
Charity est la fille d'une communauté de white trash, vivant reclus et isolés sur une montagne qui surplombe North Dormer. Les habitants de la montagne ne reçoivent que les rares visites du révérend pour des services funéraires, même la police n'ose pas s'aventurer dans la montagne.
Confiée par sa mère à l'avocat Royall alors qu'elle était une très jeune enfant et que son père était en prison, Charity devint la pupille de Royall, un vieux notable, qui tire son prestige de son passé de citoyen de Nettleton - la petite ville qui fascine les villageois de North Dormer - et de sa culture toute relative.
Charity ne rêve que d'une chose, quitter North Dormer, économiser assez d'argent pour aller s'installer en ville et échapper aux avances de son tuteur. C'est dans ce but qu'elle devient la bibliothécaire déserte et poussiéreuse du village, dirigée par Miss Hatchard, une vieille fille de la haute bourgeoisie locale. Et lorsque le jeune et séduisant Lucius Harney, jeune cousin de miss Hatchard, , franchit le seuil de la bibliothèque, le cœur de Charity chavire.
Charity devient le guide de Harney, architecte érudit venu étudier les anciennes demeures de la région.
Et malgré la différence des origines et le fossé culturel qui sépare le brillant architecte et la jeune fille inculte, une forte complicité naît entre les deux jeunes gens...
Le récit d'Edith Wharton est une étude précise des mœurs de province (commérage, étroitesse d'esprit, fascination pour la ville), mais aussi l'analyse minutieuse du sentiment amoureux chez une héroïne singulière.
De façon originale, Wharton adopte le point de vue d'une jeune fille éprise de liberté, belle certes mais sans éducation et aux origines honteuses ....
Charity est la fille d'une communauté de white trash, vivant reclus et isolés sur une montagne qui surplombe North Dormer. Les habitants de la montagne ne reçoivent que les rares visites du révérend pour des services funéraires, même la police n'ose pas s'aventurer dans la montagne.
Confiée par sa mère à l'avocat Royall alors qu'elle était une très jeune enfant et que son père était en prison, Charity devint la pupille de Royall, un vieux notable, qui tire son prestige de son passé de citoyen de Nettleton - la petite ville qui fascine les villageois de North Dormer - et de sa culture toute relative.
Charity ne rêve que d'une chose, quitter North Dormer, économiser assez d'argent pour aller s'installer en ville et échapper aux avances de son tuteur. C'est dans ce but qu'elle devient la bibliothécaire déserte et poussiéreuse du village, dirigée par Miss Hatchard, une vieille fille de la haute bourgeoisie locale. Et lorsque le jeune et séduisant Lucius Harney, jeune cousin de miss Hatchard, , franchit le seuil de la bibliothèque, le cœur de Charity chavire.
Charity devient le guide de Harney, architecte érudit venu étudier les anciennes demeures de la région.
Et malgré la différence des origines et le fossé culturel qui sépare le brillant architecte et la jeune fille inculte, une forte complicité naît entre les deux jeunes gens...
Le récit d'Edith Wharton est une étude précise des mœurs de province (commérage, étroitesse d'esprit, fascination pour la ville), mais aussi l'analyse minutieuse du sentiment amoureux chez une héroïne singulière.
De façon originale, Wharton adopte le point de vue d'une jeune fille éprise de liberté, belle certes mais sans éducation et aux origines honteuses ....
mardi 14 février 2012
Detachment, un film de Tony Kaye
Henry Barthes (Adrien Brody), professeur de littérature, remplaçant prend ses fonctions dans un lycée sinistré. Le spectateur découvre les lieux en même temps que le jeune remplaçant.
Plus qu'une institution en crise, c'est un système éducatif en faillite, un chaos abandonné de tous, qui est décrit. Enseignants au bord de la crise de nerfs, parents absents, élèves ultra-violents... Detach(-)ment, c'est l'indifférence en anglais...
Un air de piano, mélancolique accompagne le film qui mêle plusieurs niveaux de narration, commentaires rétrospectifs de Barthes face caméra, souvenirs de celui-ci enfant, période de remplacement, séquences en images d'animation représentant les états d'âme des personnages.
L'école est devenue un champ de ruines, hanté par des professeurs et des élèves désespérés à l'image de la sinistre maison Usher d'Edgar Allan Poe, que Barthes lit à ses élèves.
Le film est rythmé par des scènes de "pétages de plombs" où toute la colère contenue explose violemment dont une séquence d'anthologie qui oppose la conseillère pédagogique (Lucy Liu à contre emploi) à une élève.
Certains travellings avant dans les couloirs déserts bordés de casiers rouge vif ne sont pas sans rappeler l'Elephant de Gus van Sant. Ce procédé peut également faire penser à Shining, Detachment partage avec le premier film la peinture sociale de lycéens américains en crise et avec le deuxième une tension psychologique non plus dans l'enceinte d'un hôtel mais entre les murs (sans mauvais jeu de mots) d'un lycée.
A voir absolument....
jeudi 14 juillet 2011
Germinie Lacerteux, un roman d'Edmond et Jules de Goncourt
Le 18 août 1862, Edmond et Jules de Goncourt perdaient leur vieille et dévouée bonne, Rose Malingre, emportée par une pleurésie. Trois jours plus tard, il furent abasourdis par la révélation de la double vie que menait cette domestique qui leur était si chère. Celle-ci cachait "toute une existence inconnue, odieuse, répugnante, lamentable" (Journal des Goncourt). Les Goncourt découvrirent que Rose avait contracté d'importantes dettes auprès de divers commerçants pour entretenir ses amants. Elle avait dérobé de grosses sommes d'argent à ses maîtres sans que ceux-ci ne s'en rendissent compte et était même parvenue à dissimuler ses penchants pour l'alcool.Stupéfaits, fascinés, les deux frères tenaient là le sujet de leur prochain roman. C'est ainsi que naissait Germinie Lacerteux, la transposition fictive de cette servante. Ce roman constituait une tentative de réponse à leurs interrogations. Comment cette femme aux dehors si respectables, leur fidèle domestique devenue leur confidente avait-elle pu dissimuler toute une vie de souffrances, d'humiliations et de débauche? La narration des Goncourt répond à cette question en suivant un rythme fiévreux, le rythme endiablé d'une descente aux enfers. Les descriptions sont rares, les faits s'enchaînent.
Nous découvrons alors les bas-fonds, les coulisses de la ville lumière. La servante, personnage jusqu'alors secondaire dans la tradition romanesque, devient avec les Goncourt, sujet littéraire.
Nulle duplicité, hypocrisie ou manipulation chez Germinie, mais volonté de rester à la hauteur. A la hauteur de sa maîtresse, la très respectable et digne mademoiselle de Varendeuil. Il s'agissait pour le personnage de ne pas décevoir cette maîtresse pour laquelle elle était prête à tout sacrifier. Il fallait préserver les apparences, ne rien laisser paraître. Après Germinie , mademoiselle de Varendeuil est le deuxième personnage en ordre d'importance dans ce roman. Mademoiselle de Varendeuil est une vieille fille appartenant à la noblesse désargentée, ruinée après la Révolution.
Le récit s'ouvre sur le résumé de son existence. Une succession d'épreuves, de déceptions.
Germinie Lacerteux est le roman de l'attachement passionné entre ces deux femmes que tout oppose, deux femmes liées par leurs malheurs.
- autre roman adoptant le point de vue d'une servante : Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau
samedi 2 juillet 2011
La Solitude des nombres premiers, un film de Saverio Constanzo
A l'écran apparaissent les éclats de la vie de personnages brisés par un traumatisme pendant l'enfance. Ils deviennent des adolescents solitaires et taciturnes. La douleur va alors s'exprimer par leurs corps.
La bande son, très envahissante est une vague qui nous entraîne dans le film dès le générique.
Les dates charnières indiquées sur l'écran en bleu nous font suivre les destinées croisées des deux protagonistes.
La narration joue habilement avec les ellipses que l'on comble par l'imagination.
Mystérieux, entraînant et envoutant, ce film tiré du roman éponyme de Paolo Giordano est une réussite.
Avec Alba Rohrwacher, Luca Marinelli, Martina Albano, Isabella Rossellini.
samedi 28 mai 2011
L'oeil invisible, film de Diego Lerman
Marita,est une jeune surveillante dans un lycée de Buenos Aires où règne une discipline militaire.
Le film s'ouvre sur une marche au pas de charge d'élèves conduits par cette dernière. On est en 1982, année où la guerre des Malouines va précipiter la chute de la junte en Argentine.
En surveillante zélée, Marita va appliquer les préceptes de Biasutto, et épier les élèves.
Derrière une bonhommie de façade, Biasutto traque et punit sévèrement le moindre signe de subversion. Ce dernier prend avec paternalisme Marita sous son aile et lui fait une cour assidue.
Un personnage indéterminé
Marita est un personnage jeune, sensible, secret et surtout ambigü. A la fois du côté de l'ordre imposé par les adultes de par son autoritarisme, mais aussi très proche de l'univers des élèves par son jeune âge et par sa situation familiale. Elle vit en effet avec sa mère et sa grand-mère, et n'a jamais connu d'expérience amoureuse.
Une irrésistible attirance
Lors d'un discours prononcé devant les élèves. Un jeune homme joue les perturbateurs sans être repéré par l'assistance ni par l'orateur. Seule Marita le remarque. Elle est alors troublée par ce jeune homme. C'est alors que cette irrsisitible attirance qu'elle ne s'avoue pas va s'exprimer de façon détournée, voire malsaine(surveillance des toilettes des garçons, fouille de sacs à la recherche de sous-vêtements à humer, ou des cassettes audio avant de se précipiter chez le disquaire pour acheter le même album etc.).
Une petite histoire dans la grande
Cette histoire se passe en 1982, année même où après le fiasco des Malouines, la junte argentine fait face à un mouvement de révolte sans précédent...
Le titre du film renvoie à une conversation entre Biasutto, le surveillant général, et Marita sur le rôle crucial de la surveillance pour faire régner l'ordre. Le surveillant général y développe sa théorie de l'œil invisible. Pour maintenir une discipline de fer, il faut tout voir, épier le moindre signe de subversion.
Le film oscille entre surveillance et subversionEn surveillante zélée, Marita va appliquer les préceptes de Biasutto, et épier les élèves.
Derrière une bonhommie de façade, Biasutto traque et punit sévèrement le moindre signe de subversion. Ce dernier prend avec paternalisme Marita sous son aile et lui fait une cour assidue. Un personnage indéterminé
Marita est un personnage jeune, sensible, secret et surtout ambigü. A la fois du côté de l'ordre imposé par les adultes de par son autoritarisme, mais aussi très proche de l'univers des élèves par son jeune âge et par sa situation familiale. Elle vit en effet avec sa mère et sa grand-mère, et n'a jamais connu d'expérience amoureuse.
Une irrésistible attirance
Et c'est justement l'attirance qu'elle éprouve pour un élève qui va révéler cette ambiguïté.
Lors d'un discours prononcé devant les élèves. Un jeune homme joue les perturbateurs sans être repéré par l'assistance ni par l'orateur. Seule Marita le remarque. Elle est alors troublée par ce jeune homme. C'est alors que cette irrsisitible attirance qu'elle ne s'avoue pas va s'exprimer de façon détournée, voire malsaine(surveillance des toilettes des garçons, fouille de sacs à la recherche de sous-vêtements à humer, ou des cassettes audio avant de se précipiter chez le disquaire pour acheter le même album etc.).
Une petite histoire dans la grande
Cette histoire se passe en 1982, année même où après le fiasco des Malouines, la junte argentine fait face à un mouvement de révolte sans précédent...
C'est en effet ce que raconte ce film sous la forme d'un huis-clos fascinant. La rumeur de la rue résonne entre les murs du lycée, invisible, et d'autant plus menaçante. Parti pris esthétique aboutissant à une mise en scène réussie dans laquelle les acteurs excellent.
samedi 9 avril 2011
Un divan à New York, un film de Chantal Akerman
L'histoire se compose de deux fils parallèles qui correspondent aux deux protagonistes. Le spectateur suit alternativement Béatrice (Juliette Binoche) et Henry (William Hurt) que tout oppose a priori. Le récit prendra fin lorsque les deux fils se noueront dans une jolie scène où les personnages dialoguent par fenêtres interposées.
Béatrice est parisienne. Elle est bordélique et spontanée. Comme son prénom semble l'indiquer, elle a le don de rendre les gens heureux. Assaillie par une armada de prétendants plus ou moins insistants, elle les repousse tous avec la même indifférence. Pour échapper aux assiduités de ses soupirants, Béatrice répond à une annonce parue dans le Herald Tribune qui propose un échange temporaire d'appartements entre New York et Paris.
A l'autre bout du Pacifique vit Henry, dans une suite cossue de Manhattan. C'est le psychanalyste le plus réputé de la ville. Victime de son succès, Henry est envahi par ses patients. Mais comment soulager la souffrance d'autrui lorsque l'on est soi même englué dans une dépression? Henry est l'auteur de l'annonce qui avait retenu l'attention de Béatrice.
L'échange se produit. Chacun s'installe chez l'autre sans l'avoir rencontré préalablement. Mais y a-t-il une meilleure façon de connaître une personne que de s'installer chez elle? Béatrice quitte son appartement bruyant et décrépit pour une suite luxueuse et silencieuse. Elle fait connaissance avec les patients de Henry et devient leur psychanalyste de substitution suite à un malentendu.
Henry découvre lui l'environnement bruyant et mouvementé de Béatrice ainsi que ses prétendants.
Après quelques quiproquo hilarants et une scène de reconnaissance digne de Marivaux, cette comédie sentimentale raffinée et pleine d'humour se clora sur un final attendu mais plein de charme. La musique de Paolo Conte ajoute une touche d'élégance à ce film qui n'en manquait pas.
Vous serez ravi de (re)découvrir ce petit bijou, qui est sorti en 1996.
A l'autre bout du Pacifique vit Henry, dans une suite cossue de Manhattan. C'est le psychanalyste le plus réputé de la ville. Victime de son succès, Henry est envahi par ses patients. Mais comment soulager la souffrance d'autrui lorsque l'on est soi même englué dans une dépression? Henry est l'auteur de l'annonce qui avait retenu l'attention de Béatrice.
L'échange se produit. Chacun s'installe chez l'autre sans l'avoir rencontré préalablement. Mais y a-t-il une meilleure façon de connaître une personne que de s'installer chez elle? Béatrice quitte son appartement bruyant et décrépit pour une suite luxueuse et silencieuse. Elle fait connaissance avec les patients de Henry et devient leur psychanalyste de substitution suite à un malentendu.
Henry découvre lui l'environnement bruyant et mouvementé de Béatrice ainsi que ses prétendants.
Après quelques quiproquo hilarants et une scène de reconnaissance digne de Marivaux, cette comédie sentimentale raffinée et pleine d'humour se clora sur un final attendu mais plein de charme. La musique de Paolo Conte ajoute une touche d'élégance à ce film qui n'en manquait pas.
Vous serez ravi de (re)découvrir ce petit bijou, qui est sorti en 1996.
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